Draeken
La jeune femme scrute d’un oeil mauvais la populace grouillante. Ses yeux d’un bleu tibétain survolent la foule. La peau cuivrée de son front se plisse en un haussement de sourcils. Sa colère est sans pareil. Elle repère l’origine humaine de celle ci dans un ruel délabrée, rejète sa merveilleuse chevelure flamboyante aux multiples reflets bleutés dans son dos et s’avance d’un pas furieux vers sa victime tétanisée.
Sa silhouette élancée s’avance vers un riche marchand. Cette femme n’en est pas une, elle n’est pas humaine. C’est une draeken, un de ces êtres méprisants, au regard de feu, laissant sur leur passage, plus de morts que de vivants. Le marchand est recroquevillé sur lui même. Elle l’avait pourtant prévenue ! il n’aurait pas dut la mettre en colère. Elle le baffe. Le pauvre homme, maintenant à genoux, murmure des prières, la tête baissée et les mains jointes. La monstrueuse draeken sort sa terrible épée de son fourreau. Dans la pénombre de la ruelle vide de monde, le marchand terrifié ne voit pas venir le coup. La lame de cette reine du chaos s’enfonce comme dans du beurre dans la nuque découverte de sa victime. Elle le laisse, gisant dans une marre de sang, sa nuque et son crane chauve à demi recouvert de cette mixture rouge, sur le pavé à présent souillé. L’odeur de la mort réveille en la diablesse des instincts sauvages. Elle s’empare du sac du malheureux bourgeois et y découvre deux merveilleux chatons. Elle attrape à la nuque un de ces minuscules félins au pelage ambré. L’épouvantable draeken dégaine sa dague, lève son arme meurtrière et enfonce sa lame dans le corps frêle du bébé chat. Elle lèche ses doigts imprégnés du sang de la petite bête. Sa bouche aux crocs acérés plonge dans la chaire crue mais encore chaude et se régale de son goût amer. Mais ce maigre repas ne suffira pas. Elle lance un regard de démente à l’autre chaton, qui miaule doucement, la suppliant de ses yeux couleur émeraudes. Mmm, ses yeux…
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